Bokken

Bokken

bokken
Bokken

Le bokken (木剣, littéralement sabre de bois) ou bokutō (木刀, nom généralement utilisé au Japon) est un sabre japonais en bois, imitant la forme du katana. Il peut être utilisé avec la garde (tsuba) qui protège les mains, ou sans la garde.

Il est employé dans l’aïkido, le iaido, le jōdō, le kendo, le kenjutsu et le ninjutsu. Il est également utilisé comme arme pour l’entrainement au Chanbara. Utilisé à l’origine pour l’entraînement, il est aussi devenu une arme de combat. Le samouraï Miyamoto Musashi est réputé pour ses combats au bokken notamment lors de son duel contre Kojirō Sasaki. Il est l’arme par excellence du kenjutsu dans la plupart des koryu.

Comme les katana, les bokken ont suivi leur époque, et chaque école traditionnelle historique — Tenshin Shoden Katori Shintō Ryu, Kashima Shinto Ryu, Yagyu Ryu, Yagyu Shinkage Ryu, Hyoho Niten Ichi Ryu, etc. — possède des caractéristiques physiques, poids, courbure, longueur, pointe, épaisseur, adaptée à la technique de cette école. Il existe aujourd’hui plus d’une centaine de modèles, dont environ la moitié est toujours utilisée.

Version Bokken standard :

  • longueur totale : 101,5 cm
  • longueur lame (Ha) : 75,5 cm
  • longueur de poignée (Tsuka) : 26 cm

Les mains peuvent être protégées par une garde en cuir bouilli ou Tsuba et une contre-garde en matière synthétique ou Tsuba Domé.


Les différentes longueurs des Bokken classiques et stylisés (Koryu)

Modèle Longueur totale Longueur lame Longueur Tsuka
Chuto (enfant) 90.5 cm 68 cm 22.5 cm
Bokken Standard/Supérieur 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Iwama 103 cm 76 cm 27 cm
Bokken Iwama Takemusu 101.5 cm 75 cm 26.5 cm
Bokken Niten Ichi Ryu 101.5 cm 76 cm 25.5 cm
Bokken Yagyu Ryu 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Yagyu Shinkage Ryu 101.5 cm 73.5 cm 28 cm
Bokken Jiki Shinkage (fin) 101.5 cm 77 cm 24.5 cm
Bokken Jiki Shinkage (lourd) 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Kashima Shinto Ryu 106 cm 78 cm 28 cm
Bokken Kashima Shin Ryu 104.5 cm 78 cm 26.5 cm
Bokken Katori Shinto Ryu 97 cm 70 cm 27 cm
Bokken Shinto Ryu 101.5 cm 77.5 cm 24 cm
Bokken Jigen Ryu* 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Hokushin Itto Ryu 106 cm 76 cm 30 cm
Bokken Itto Ryu 98 cm 73.5 cm 24.5 cm
Bokken Keishi Ryu 101.5 cm 73 cm 28.5 cm

Les différents poids et épaisseurs des Bokken classiques et stylisés (Koryu)

Modèle Epaisseur Tsuka Poids en chêne blanc
Chuto (enfant) 35 x 25  mm 500 g
Bokken Standard/Supérieur 37 x 26 mm 600 g
Bokken Iwama 38 x 28 mm 700 g
Bokken Iwama Takemusu 39 x 29 mm 750 g
Bokken Niten Ichi Ryu 33 x 20 mm 330 g
Bokken Yagyu Ryu 30 x 22 mm 400 g
Bokken Yagyu Shinkage Ryu 34 x 24 mm 550 g
Bokken Jiki Shinkage (fin) 29 x 21 mm 360 g
Bokken Jiki Shinkage (lourd) 44 x 39 mm 1300 g
Bokken Kashima Shinto Ryu 38 x 30 mm 880 g
Bokken Kashima Shin Ryu 38 x 30 mm 1,000 g (avec tsuba bois)
Bokken Katori Shinto Ryu 38 x 27 mm 620 g
Bokken Shinto Ryu* 34 x 24 mm
36 x 22 mm
500 g
580 g
Bokken Jigen Ryu 40 x 29 mm 740 g
Bokken Hokushin Itto Ryu 39 x 29 mm 900 g
Bokken Itto Ryu 41 x 31 mm 680 g
Bokken Keishi Ryu 40 x 30 mm 780 g

Dénomination

Au Japon, le terme le plus usité pour désigner un sabre de bois est bokutō (木刀), le terme bokken (木剣) étant un synonyme plus rare. C’est cependant ce dernier terme qui est le plus utilisé hors du Japon. En japonais, le caractère ken (剣) s’emploie de préférence au début d’un mot pour les termes ayant un rapport avec l’escrime, comme dans kendō (剣道, voie du sabre) ou kenjutsu (剣術, art du sabre). Le caractère katana (刀, se prononce tō dans les associations de plusieurs caractères) est plutôt utilisé comme un suffixe, comme dans shōtō (小刀, sabre court) et daitō (大刀, grand sabre).

Provenance, matériaux et fabrication

La plupart des bokken sont fabriqués en Chine populaire, à Taïwan et au Japon. Les premiers représentent la majorité des bokken vendus comme jouets ou comme souvenirs, tandis que les bokken taïwanais ou japonais sont plutôt destinés à la pratique des arts martiaux. Il existe également une production de bokken destinés à la pratique des arts martiaux en France.

Parmi les bokken de fabrication japonaise, 90 % sont issus de l’île de Kyushu, en particulier de la ville de Miyakonojō.

Fabrication Artisanale de Bokken

Un article intéressant à lire en cliquant : ICI

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De nombreuses essences de bois sont utilisées dans la fabrications des bokken :

  • le chêne du Japon (blanc, plus dense, ou rouge, plus léger),
  • le buna (Fagus crenata),
  • le néflier (en japonais biwa),
  • le yusu (ou Isu no ki, dont on utilise le cœur, sunuke),
  • et différents types d’ébènes.

Le chêne fournit un bois dur aux fibres serrées, résistant aux impacts. Le néflier et le sunuke donnent un bois au grain très fin, donc des bokken à la surface douce. Les bokken en ébène sont beaucoup plus lourds, au grain encore plus fin . Les chênes servant à la fabrication des bokken sont âgés d’au moins 70 ou 80 ans, tandis que les autres arbres doivent avoir au moins 200 ans pour disposer de troncs suffisamment importants.

Dans la fabrication d’un bokken, le tronc est d’abord coupé en tranches longitudinales, puis mis à sécher à l’air libre pendant un an. Certains fabricants emploient des procédés de séchage mécaniques, qui raccourcissent ce délai à quinze jours, au prix d’une plus grande rétraction des fibres du bois, produisant des bokkens plus sensibles à l’humidité et plus cassants. Un patron permet ensuite de découper la silhouette du bokken dans la tranche de bois, de tailler la pointe et le tranchant (ha). Une fois la forme dégrossie, le bokken est taillé à la main par rabotage successif à l’aide d’une vingtaine de modèles de rabots d’angle et de courbure différents. La finition se fait au papier de verre fin.

Les différences entre fabricants se jouent d’abord au niveau de la qualité du bois employé, puis dans le type du cintre des bokken produits, qui diffèrent par l’amplitude de leur courbure et la position du foyer de la courbure (sori, proche de la poignée, au milieu ou proche de la pointe).

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Qualités mécaniques et esthétiques

En tant qu’arme d’entraînement, le type de qualité attendues d’un bokken dépend du type de travail recherché.

Dans le cadre d’un travail de katas seuls ou de travail de coupe, il s’agit de se rapprocher des sensations du sabre. Le bokken employé doit alors avoir un équilibre et un cintre proches de ceux d’un katana. Pour le renforcement musculaire, il existe des bokken (suburito, « sabres pour la coupe ») à la lame épaissie, reproduisant le poids (mais plus l’équilibre) d’un sabre.

Dans le cadre d’un travail à deux partenaires armés (chacun d’un bokken, ou d’un dans le cas du jōdō et de l’aikidō), la résistance aux chocs devient un paramètre important. Le bois du bokken doit se tasser face à un impact, sans produire d’échardes ou d’angles vifs risquant de blesser les deux protagonistes. Pour ce faire, les bokken de qualité sont taillés dans la longueur du tronc, afin que les fibres aillent d’un bout à l’autre du bokken.

La partie du bokken représentant la lame (dite ha) est taillée en fonction de l’usage qui doit en être fait. Dans le cas des arts reposant sur la confrontation armée, la lame est lisse, se terminant en angle aigu, afin de reproduire le même type de contact que les lames en acier des sabres. Dans le cas de l’aïkido, où un des partenaires peut être à mains nues, il se peut que la lame soit arrondie et la pointe aplatie afin de limiter les risques de blessure et de garantir une meilleure résistance aux chocs.

De même, la position du foyer de courbure, qui détermine le centre de gravité de l’arme, est choisi en fonction d’un arbitrage entre maniabilité et puissance de l’arme.

Bien que moins dangereux qu’un vrai sabre, le bokken n’en est pas moins une arme pouvant être mortelle. Pour cette raison, il est assez peu utilisé en combat sportif, notamment en kendo où on utilise plutôt le shinai.

Utilisation

Le bokken est utilisé dans la majorité des arts martiaux japonais comme subtitut du katana. Dans certaines koryu, il est étudié pour ses qualités intrinsèques (en tant qu’arme à part entière).

Koryu

Musashi Miyamoto avec deux bokken (estampe de Utagawa Kuniyoshi)
Musashi Miyamoto avec deux bokken (estampe de Utagawa Kuniyoshi)

Les Koryu sont nés avant l’ère Meiji et sont les écoles qui dispensent l’art du combat des samouraï. Elles enseignent les kobudo, budōs anciens. Les koryu utilisent le bokken pour leur pratique du kenjutsu. Elles l’utilisent dans des katas avec bokken contre bokken, bokken contre deux bokken (un grand et un petit), bokken contre naginata, bokken contre kusarigama et même bokken contre flèches.

D’après Iwami Toshio Harukatsu, soke de la Hyoho Niten Ichi Ryu, le choix exclusif du bokken par rapport au katana relève d’une optique spirituelle de Miyamoto Musashi qui avait renoncé à tuer. Il précise aussi que l’usage de ceux-ci permet de développer le ki (énergie) de la pratique du sabre sans dommages corporels.

Aïkido et Aïkibudo

Dans l’aïkido et l’aïkibudo, il est employé à la fois pour matérialiser des directions de coupe employées dans les techniques à mains nues, dans le cadre de techniques de désarmement et dans le cadre d’exercices où les deux pratiquants sont armés (il s’agit alors de l’aikiken) ou encore dans un travail proche du jodo, bokken contre jo.

La Prise et le Maniement

Le maniement fluide et précis du bokken s’obtient par la pratique d’exercices individuels à caractère répétitif appelés SUBURI. Vous devez respecter certaines règles lors de la pratique des SUBURI :

  • Exécutez les mouvements de la manière la plus ample possible.
  • Veillez à ce que les mouvements ne soient ni hachés, ni saccadés.
  • La prise d’un bokken est d’une importance primordiale : ni trop dur, ni trop mou.

Un maître de sabre disait : Tenez votre sabre comme si vous teniez un oiseau : serrez trop fort et vous le tuerez, tenez trop mollement et l’oiseau s’envolera.

  • Restez souple et détendu sans sombrer dans une laxité physique et mentale.
  • Si vous êtes trop crispé, la fatigue apparaîtra rapidement (avec les ampoules aux mains).
  • Vos épaules seront les meilleurs juges : crispations, raideurs, crampes sont le signe d’un mauvais travail. Les SUBURI ne durcissent pas le corps, ils l’assouplissent. Ils doivent le purifier.
  • Cherchez la précision, le contrôle, la forme exacte et un rythme harmonieux. La puissance seule ne permet pas d’acquérir la maîtrise des armes.
  • La répétition machinale ne donnera qu’un résultat machinal. C’est avec une attention constante et soutenue que votre travail donnera des résultats réels d’une plus grande valeur. La répétition est une nécessité absolue, mais seule la qualité de l’esprit lui reconnaîtra sa valeur.
  • Si les SUBURI vous durcissent, arrêtez un certain temps et remplacez-les quotidiennement par des exercices respiratoires ou par la méditation. Lorsque vous aurez une idée plus claire et plus précise de votre travail, recommencez.
  • 10 SUBURI bien faits ont plus de valeur que 1000 mal faits !

Variantes

Il existe des variantes du bokken, soit destinées à des types de travail technique spécifique, soit représentant des lames de longueur différente de celle du katana. Parmi les plus répandues, on trouve :

  • Le suburi bokken ou suburitō pour reproduire le poids du katana dans le cadre d’un travail de la frappe droite (shomen), le suburitō présente une lame plus épaisse. Ce type de travail permet de développer la musculature, mais peut être à l’origine de tendinites. L’équilibre du suburitō est différent de celui d’un katana ou d’un bokken.
  • Le shoto, un wakizashi en bois. Il est employé dans les katas des koryu sous le terme de kodachi. Il est aussi utilisé dans la pratique des deux sabres présente dans plusieurs koryu (Hyoho Niten Ichi Ryu, Suio Ryu, Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū) et dans l’école d’aïkido de Mitsugi Saotome senseï.
  • En aïkido, on emploie des tantō (poignards) en bois fabriqués de la même manière que les bokken.
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Bokken – Pour aller plus loin

Le poids de l’arme

L’épaisseur et le poids de l’arme jouent un rôle majeur dans l’utilisation qui en est faite. C’est même probablement le point le plus important au-delà même de la longueur du Bokken.
Il est en effet plus difficile d’être précis avec un Bokken léger qu’avec un Bokken lourd. Un modèle léger permet un travail en finesse, en précision et en vitesse.

À l’inverse, un Bokken épais est beaucoup plus facile à manier en précision à condition d’avoir l’entrainement physique (tanren), il est donc nécessaire d’avoir la force pour le manier correctement.

Ainsi, il est très fréquent de voir des jeunes maitres débuter avec des Bokken très épais ou pratiquer beaucoup de Suburi avec un Suburito. Puis, ils se dirigent peu à peu vers des modèles plus fins pour un travail plus précis. Ce fut d’ailleurs le cas du fondateur de l’Aikido Morihei Ueshiba, qui a travaillé longtemps avec un Bokken épais et lourd (proche du modèle Iwama Ryu actuel) puis, est passé sur un modèle plus fin les 20 dernières années de sa vie (qui semble être soit un modèle Yagyu Ryu ou un modèle Jiki Shinkage Ryu Naginata yo).


L’épaisseur du Bokken

Si à l’origine, chaque modèle dispose d’une épaisseur spécifique, le choix de l’épaisseur à la conception de l’arme servait à ‘régler’ le poids moyen du Bokken et son équilibrage. Le bois a un impact non négligeable sur le poids du Bokken, le poids moyen obtenu avec du chêne blanc pourra tout de même varier significativement en fonction du bois choisi.

On donne généralement l’épaisseur à la base de la tsuka (poignée) (tsukagashira, ou tsukajiri), cette épaisseur va déterminer l’épaisseur de l’intégralité de l’arme (en lien avec le mine). Cependant, il existe bien certains modèles pour lesquels une épaisseur spécifique de lame est déterminée indépendamment du reste de l’arme. Mais ces modèles sont très peu nombreux.

L’épaisseur aura également un rôle très important sur le tenouchi ou « saisie » du Bokken. En effet, plus la tsuka est épaisse (plus le Bokken sera lourd) et plus il faudra de force pour le tenir. À l’inverse, un Bokken très fin est plus difficile à prendre en main.


La courbure, ampleur et position

La courbure a un impact important sur l’équilibrage et sur la maniabilité du Bokken. Par ailleurs sur un Bokken comme sur un Katana, la courbure a principalement un rôle d’amortisseur d’énergie et renforce significativement la résistance de l’arme à l’impact. Dans le cas du Katana cela améliore aussi l’angle de coupe facilitant la découpe.

La plupart des pratiquants, même d’un certain niveau, ne seront pas capables de faire la différence entre deux Bokken classiques, de deux ateliers différents, qui auront un foyer de courbure très légèrement décalé et une différence d’amplitude de 1 ou 2 mm. À ce niveau-là, la courbure a peu d’impact.

En revanche, il existe de nombreux modèles ayant très peu de courbure et quelques modèles avec des courbures très importantes. Une faible courbure rend les frappes et les mouvements en général plus directs et plus précis. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart des écoles proposant des Kata Bokken vs Jo ou Bokken vs Naginata, elles vont adopter des armes légères et peu courbées, voire quasiment droites avec pour objectif de compenser la différence de longueur des armes par la vitesse et la précision.

À l’inverse, certaines écoles se focalisent sur la puissance telle que l’école Kashima Shin Ryu, qui vont proposer des sabres lourds et droits afin de repousser l’équilibre au maximum vers le Kissaki (pointe). Ainsi, elles se rapprochent de la sensation du Katana.

Une sori « classique » d’environ 25 mm permet un bon compromis entre maniabilité, équilibrage, et résistance à l’impact. D’où, le choix de cette amplitude pour les Bokken dit « standard ».

Les différentes courubres des bokken

La position de la courbure, koshi sori (proche de la tsuka), Kyo sori (au centre) ou encore saki sori (vers la pointe) va modifier deux paramètres : la puissance et l’utilité de l’angle de coupe.

C’est-à-dire qu’avec une sori proche de la pointe, le monouchi (le tiers supérieur de l’arme servant à trancher) sera plus court et il sera nécessaire d’être très précis pour trancher. Une sori centrale correspond à ce que l’on retrouve sur un certain nombre de Katana donnant véritablement 1/3 de la lame pour trancher, et une koshi sori va allonger légèrement le monouchi de quelques centimètres.

L’équilibrage va également être légèrement modifié. Plus, la sori est vers la pointe et plus l’équilibre se décale vers la pointe.


Le mine est l’arête supérieure conditionnant la forme de la lame

Contrairement à ce que l’on peut imaginer d’un premier abord, c’est l’un des éléments ayant le plus fort impact sur le poids et l’équilibrage d’un Bokken.
En effet, si les finitions Hiramine et Kenmine sont très proches, les finitions Marumine et Gyo no mine vont fortement modifier l’épaisseur de la lame.

  • Hiramine : classique
  • Kenmine : classique, mais avec un tout petit peu plus de poids sur la lame
  • Marumine : plus de poids sur la partie supérieure de la lame, mais la lame est plus fine globalement et pousse l’équilibre vers le kissaki.
  • Gyo no mine : affine énormément la lame et utilisé principalement pour des Bokken très légers, comme le Niten Ichi Ryu de Miyamoto Musashi.

Les différents types de mine pour Bokken


Le Kissaki, finition de la pointe

L’impact est faible, mais la finition du Kissaki permet de déplacer légèrement l’équilibre également sans modifier significativement le poids global de l’arme.

  • Sho kissaki : équilibre classique.
  • Dai kissaki : repousse légèrement l’équilibre vers la Tsuka (cela n’a pas d’impact compte tenu du fait qu’en général, les armes en daikissaki sont en kenmine alourdissant légèrement la lame).
  • Unokubi : identique au Shokissaki en terme d’équilibrage.
  • Kendogata : biseauté sur la partie lame, droit sur la partie mine. Cela permet d’alléger significativement le Kissaki et de reporter l’équilibre sur la tsuka.
  • Kantogata : biseauté sur l’ensemble de l’épaisseur, le résultat est peu ou prou identique au Kendogata.
  • Iwama ryu (coupé droit) : à l’inverse des coupes précédentes, cette coupe alourdit significativement la pointe, et repousse l’équilibre vers le kissaki.

Les différentes finitions des Kissaki sur Bokken

Vous comprendrez ici pourquoi un Bokken standard en Hiramine va avoir un petit Kissaki, alors qu’un Bokken « supérieur » en Kemine aura un Kissaki plus long. L’un compense l’autre et l’équilibrage d’un Bokken standard est alors peu ou prou identique à l’équilibre d’un Bokken dit supérieur.


Présence d’une gorge, ou bo-hi.

La gorge, reprise des gorges sur les katana, outre le son qu’elle permet de générer à la coupe, a un double impact très important. Cela est représenté par un allégement très important de l’arme et le très fort déplacement de l’équilibre vers la tsuka.
Vous me direz, « pourquoi déplacer l’équilibre vers la tsuka pour des Bokken d’Iaido, puisque l’Iai se focalise sur la pratique avec un vrai sabre ? »
La réponse est très simple, le Kenjutsu se focalise souvent sur le combat au sabre qu’il s’agisse d’un Bokken ou d’un Katana. L’Iai se focalise sur les Kata et pour faciliter le maniement de l’arme, les Iaito comme les Bokken sont fortement équilibrés sur la tsuka. Certaines écoles proposent bien entendu d’autres types de travaux pour s’orienter après vers la coupe.


Et enfin, dans quelle essence de bois ?

Les différentes essences de bois utlisées pour la fabrication de Bokken

Chêne rouge / blanc, Isu no Ki, Sunuke, Camélia, Biwa, etc.

L’une des raisons pour lesquels les Bokken japonais sont si réputés est l’origine du bois utilisé pour leur fabrication.
La forêt de Kirishima Sankei, dans la région de Kyushu, produit un bois d’une qualité exceptionnel. C’est pour cette raison que naturellement les ébénistes les plus célèbres du pays se sont apparues dans la région.

  • Résistance,
  • Résilience,
  • Solidité,
  • Flexibilité,
  • Poids,
  • Densité,
  • Couleurs

Chaque bois à des caractéristiques spécifiques et est utilisé dans un but précis. Cet article à pour but de vous expliquer en détail l’origine, les qualités, et les raisons de l’utilisation de chaque essence.


L’origine du bois

A Miyakonojo, où 90% des armes en bois vendues au Japon sont fabriquées, on utilise principalement des bois issus de la foret de « Kirishima Sankei » (sud de Kyushu), à l’exception du « kiri » poussant dans le nord du Japon (Hokkaido), du « Shima Kokutan (ébène asiatique)» provenant d’Asie et du « Hon kokutan » (vrai ébène – provenant d’Afrique). Les forêts du sud de Kyushu bénéficient d’un climat doux et humide. Le sol fertile mais surtout d’une grande quantité de pluie pour un ensoleillement continu et fort. Ce sont ces caractéristiques climatiques qui rendent les arbres du Kyushu particulièrement adaptés à la fabrication de bokken. Contrairement à la plupart des bois de chêne que l’on trouve de part le monde, le chêne de Kyushu flotte dans l’eau. Ceci montre à quel point le sol et le climat ont un rôle important, peut-être même plus que la nature du bois. Ce n’est pas un hasard si la grande majorité des menuisiers/ébénistes d’art du Japon sont installés dans la région.

Pour le chêne ou l’isu no ki, le temps de pousse est d’environ 80 ans, alors que pour le sunuke, le biwa ou le kokutan, il faut compter plus de 200 ans. La rareté des bois et les quotas de coupe expliquent les différences importantes de prix. On différencie principalement deux types de bois, les bois tendres qui acceptent bien les chocs et les bois durs souvent de meilleure apparence mais supportant moins bien les chocs. Le fait que les bois « dur » soient également des bois plus précieux est un hasard. On parle également de résilience pour parler de la capacité d’un bois à absorber un choc.


Les différentes essences de bois

  • Ichiikashi (akagashi) : Avec la diminution très importante des stock de chêne rouge à la fin du 20e siècle. L’Ichiikashi aux caractéristiques très proche du chêne rouge historique (Hon Akagashi / vrai chêne rouge) remplace peu à peu ce dernier. Le seul atelier à encore utiliser du Hon Akagashi en série est l’atelier Horinouchi, pour ses armes de qualité supérieur.
    Si ce bois peut sembler moins attrayant que le chêne blanc ou le « vrai chêne rouge », il faut savoir que des tests scientifiques précis ont été effectués avec le concours de l’armée japonaise et qu’il n’a pas été possible de trouver de différence significative au niveau de ses caractéristiques techniques. Ce bois est donc tout aussi solide que les autres types de chêne.
  • Hon Akagashi (« vrai » chêne rouge) : Quercus acutissima de son nom latin, est un arbre qui pousse dans les régions au climat subtropical. Avant que l’Ichiikashi ne soit utilisé, le « chêne rouge » était donc du Hon Akagashi. (vrai chêne rouge). Le Hon Akagashi est plus foncé et un petit peu plus lourd, mais il n’est pas significativement plus solide que l’Ichiikashi ou que le chêne blanc.
  • Shirakashi (chêne blanc) : Lu aussi « Shirogashi » ou « Shirokashi » (ces trois appellations ne sont en fait qu’une question de prononciation) est une variation du chêne rouge et appartient à la même espèce. La très grande majorité des Bokken fabriqués sont en chêne blanc ou en chêne rouge. Le chêne blanc est un peu plus lourd que le chêne rouge et est souvent considéré, à tort, comme plus solide. La différence entre les modèles Shirakashi Standard et Shirakashi Supérieur de notre catalogue tiennent à la finition ainsi qu’à la sélection du bois.
  • Isu no ki (distylium racemosum) : signifie littéralement « bois de chaise » et tient son nom au fait qu’il est depuis très longtemps utilisé dans la fabrication de chaises de grande qualité. Ce bois est aussi traditionnellement utilisé dans la fabrication de talismans, car la légende lui accorde le pouvoir de lier les choses et les gens (musubi). Il s’agit d’un bois légèrement moins dur que le chêne blanc résistant bien aux chocs, plus beau, d’une couleur brune/rosée clair à une couleur marron relativement foncée, il est plus doux et donc plus agréable au touché que le chêne. Moins résistant que le chêne et plus léger, il est généralement conseillé pour la pratique avec peu de contact et pour les femmes.
  • Le Kiri (Paulownia) : est un bois qui pousse dans le nord du Japon, mais originaire de Chine et de Corée. Cet arbre produit un bois qui absorbe très peu l’humidité et qui conduit très mal la chaleur. De par ses qualités, son bois fut longtemps utilisé pour fabriquer des meubles et des coffres. Il est aussi réputé pour être le bois le plus léger du Japon. C’est la raison pour laquelle il est utilisé pour fabriquer des Bokkens ultra-légers pour les pratiquants souffrant de douleurs aux épaules, ou encore pour les kata de prière.
  • Buna (Hêtre crénelé du Japon) : Le Fagus crenata de son nom latin est un bois qui pousse dans tous le Japon, d’Hokkaido à Kyushu ; et qui est très populaire dans l’art du Bonzaï pour la beauté de son écorce et de ses feuilles. D’un aspect très clair avec des teintes jaunâtres, il est très agréable au toucher et bien qu’un peu moins solide que le chêne, il reste très léger : c’est notamment pour cette principale caractéristique associée à son aspect original que ce bois est utilisé dans la fabrication de Bokken, particulièrement de Bokken adaptés aux enfants.
  • Sunuke : Cet arbre n’existe pas en tant que tel, il s’agit d’une appellation utilisée par les artisans du Kyushu pour parler d’un arbre de l’Isu no Ki lorsque celui-ci, ayant plus de 300 ans d’âge, s’est densifié en son cœur pour produit un bois massif sombre et dense. « Su-nuke » signifie littéralement « sans cœur », car arrivé à un certain âge le cœur du tronc se creuse, permettant la densification du bois aux alentours. Le Sunuke est un bois relativement dur qui ne supporte pas très bien les chocs, son odeur spécifique est particulièrement agréable. Son apparence fait de lui un bois magnifique et son poids le rend particulièrement adapté à la fabrication des Bokkens lourds. C’est par ailleurs un choix idéal pour la fabrication de support (katanakake) haut de gamme, puisque son poids permet de stabiliser l’ensemble. Le sunuke est une essence de bois travaillé exclusivement dans la région de Kyushu depuis plus siècle et est considéré aujourd’hui comme faisant d’excellentes pièces à offrir en cadeau.
  • Tsubaki (Camélia japonais) : ou Carmelia japonica de son nom scientifique et principalement présent dans les régions subtropicales japonaises est utilisé depuis l’origine même de l’artisanat japonais pour créer des objets de la vie quotidienne. D’une couleur uniforme, variant du blanc cassé au jaune orangé, le camélia est un excellent bois pour la fabrication de Bokken haut de gamme. En effet, son poids relativement proche du chêne (et significativement plus léger que le Sunuke) permet la fabrication de Bokken parfaitement utilisable pour l’entrainement. Cependant plus fragile que le chêne, le camélia n’est pas recommandé pour la pratique en plein contact. Le camélia n’est utilisé que depuis une trentaine d’année dans la fabrication de Bokken, en remplacement du légendaire Néflier (voir plus bas). Renommé « Biwa » (néflier) par de nombreux artisans (fabricants d’armes ou non) pour sa ressemblance avec le véritable néflier. En France comme au Japon, La quasi totalité des armes vendues sous le terme « Biwa » sont en réalité en Tsubaki.
  • Murasaki Kokutan (ebene pourpre) : aussi appelé «bois de fer» est doté d’une odeur particulièrement agréable et d’une couleur ambré très caractéristique. Ce bois est légèrement rugueux au toucher, on peut dire qu’il se situe entre le Sunuke et l’ébène asiatique. Sa densité en fait un bois lourd parfaitement adapté pour les suburis et les pratiquants qui apprécient la pratique avec un bokken lourd. Il est cependant nécessaire de le conserver en évitant l’humidité et les changements de température qui pourraient avoir un effet néfaste sur la qualité du bois. Comme tout les types d’ébène, le Murasaki Kokutan est un bois dur, peu résilient et donc non adapté à la pratique en plein contact.
  • Hon Biwa (Neflier du Japon) : ou Eriobotrya japonica de son nom scientifique est un bois extrêmement solide et résilient. C’est sans aucun doute l’essence de bois la plus adaptée à la fabrication de Bokken utilisable pour la pratique en plein contact. Beaucoup de légendes, probablement tirées de faits réels existent autour des Bokkens en néflier et l’une notamment qui rapporte qu’un coup reçu avec un Bokken en Biwa met plusieurs jour à faire apparaitre un bleu. La tendresse du bois favorise la pénétration de l’impact et entrainant des dommages plus profonds qu’un bois dur. Malheureusement, le Biwa est un arbre relativement mince où sur une même portion on ne peut faire qu’un, deux, voir trois Bokken lorsqu’on a de la chance. Il met plusieurs centaines d’années à atteindre une taille suffisante pour que l’on puisse prélever une longueur suffisante sur le tronc pour la réalisation d’un Bokken sans défaut. Si l’on ajoute à cela la forte diminution de Biwa, ces 30 dernières années, ayant entrainé la mise en place de quotas draconiens par le gouvernement, on comprends alors le prix d’un Bokken en Biwa, soit d’environ 800€ (le prix ayant été multiplié par 4~5 depuis les années 70). Le « vrai » Biwa se trouve sous l’appellation « Hon Biwa« , puisque l’on trouve maintenant du Tsubaki (camélia) vendu sous le nom de « Biwa ». Il faut cependant bien signaler que si les artisans utilise le mot « Biwa » pour désigner le Tsubaki et le mot « Hon Biwa » pour désigner le néflier. Ces derniers ne font que reprendre un usage largement répandu dans l’industrie du bois et ils sont donc parfaitement honnêtes à ce sujet avec leurs clients. Un Bokken offert à un tarif inférieur à 700€ et ayant l’appellation « Néflier du Japon » est tout simplement une arnaque de boutiques essayant de profiter de la situation.
  • Shima Kokutan (ébène d’asie) : ou Ebenaceae diospyros est un bois noire marbré de veines plus claire (shima / lignes en japonais) qui pousse principalement en Asie tropicale. Le Shima Kokutan est utilisé aujourd’hui pour la fabrication de Bokkens qui proviennent principalement d’Indonésie. Il s’agit d’un bois dur, solide, et très lourd, idéal pour la pratique des suburis, mais trop peu résilient pour être utilisé pour la pratique avec contacts. Le prix des Bokken en ébène est justifié d’un coté par le coût du bois qui est relativement rare, mais également par l’extrême difficulté à travailler un bois aussi dur.
  • Hon Kokutan (ébène d’Afrique) : est l’un de bois le plus dur et dense au monde. Extrêmement lourd et dur, sa densité lui confère une certaine résistance, mais son absence de résilience et de flexibilité interdise l’utilisation de Bokken en Kokutan pour la pratique en plein contact. L’ébène d’Afrique plus rare que l’ébène asiatique, il est importé légalement d’Afrique centrale. Son coût d’importation associé à sa rareté et à la difficulté extrêmement à travailler ce bois explique le prix très élevé d’un Bokken en Hon Kokutan. Il est utilisé principalement pour la fabrication de Bokken destinés à la décoration, ou éventuellement à la pratique des suburis. Au Japon, un Bokken en ébène d’Afrique est souvent offert à un enseignant par ses élèves lors d’une grande occasion. Ils portent toujours (sauf demande spécifique) la signature complète du maître artisan.

Alors quel bois choisir pour votre Bokken ?

Pour la pratique avec contact on conseillera à l’achat, d’un Bokken en bois tendre et plutôt bon marché (chêne rouge, chêne blanc).
Et des bois plutôt dur et lourd, avec du caractère, (Sunuke, Shima Kokutan) pour les suburis, sont plutôt appropriés pour les cadeaux ou la décoration. Le Hon Biwa et le Hon Kokutan sont plutôt destinés aux pratiquants très avancés, ils en font un cadeau de groupe idéal pour un enseignant obtenant un grade élevé.