Jodo

Jōdō

Le jōdō (杖道, , littéralement « voie du bâton ») est un art martial japonais utilisant le , un bâton droit de 1 mètre 28 de long et de 2,4 cm de diamètre. Il est issu du jō-jutsu, inventé par Musō Gonnosuke, il y a 400 ans.

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Historique

Fondation

La fondation du jōdō, sous la forme du Shindo Muso Ryu (école Shindo Muso, d’après le nom de son fondateur), est attribuée à Musō Gonnosuke en 1605.

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La légende veut que Muso Gonnosuke Katsukichi se soit rendu à Edo, actuelle Tōkyō, nouvellement érigée en capitale par le shogunat Tokugawa. Il s’y mesura aux nombreuses lames célèbres de la cité et ne fut jamais vaincu. Un jour cependant, il affronta Miyamoto Musashi qui le tint en échec grâce à une technique de parade caractéristique employant les deux sabres en croix. Après cette défaite Gonnosuke sillonna le pays pour y étudier de nombreux styles dans le but de prendre sa revanche sur Musashi.

Il se retira pendant 37 jours dans le sanctuaire de Kanado. Une nuit, un messager divin lui apparut en songe sous la forme d’un enfant qui lui dit : « Trouve le plexus solaire avec un bâton rond. » S’inspirant de ce message céleste, Gonnosuke confectionna une nouvelle arme, c’était un simple bâton mesurant environ 30 cm de plus qu’un sabre moyen. Le était né.

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Du jō-jutsu au jōdō

Le jō-jutsu fut changé en jōdō (voie du bâton) par Me T. Shimizu peu après la guerre du Pacifique, et fut mis tout d’abord à disposition des forces de police.

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Pratique

Le jōdō se pratique à deux. L’un des partenaires manie un sabre en bois (bokken), représentant le sabre long (tachi), l’autre le . Les mouvements sont réglés sous la forme de katas. Le jōdō se pratique le plus souvent dans le cadre d’un dojo, plus rarement en plein air. Sa pratique ne nécessite pas de qualités athlétiques particulières. La plupart des clubs acceptent les pratiquants à partir de 14 ou 15 ans, et sans limite d’âge supérieure.

L’intérêt du jōdō réside essentiellement dans l’acquisition de la maîtrise de soi par le contrôle du geste le plus économique, parce que le plus simple, le plus pur, le plus adapté et le plus efficace, pour contrer une agression.

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L’apprentissage se fait par l’étude des gestes fondamentaux dans le maniement du bâton, dans le vide tout d’abord (Kihon tandoku), puis face à un partenaire (Kihon sotai). Vient ensuite le travail à deux en opposition, chacun des partenaires jouant à tour de rôle l’agresseur, et l’autre adaptant à l’attaque la réplique codifiée qui convient.

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Matériel

La tenue du jōdō est similaire à celle des autres arts martiaux japonais. Elle se compose d’un keikogi (veste et pantalon) en coton bleu, d’un hakama et d’un obi.

L’armement est composé d’un , bâton de 1,28m de long et de 2,4 cm de diamètre, en bois très résistant, habituellement le chêne blanc du Japon, ou le ramin, et d’un bokken, sabre de bois.

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Organisation

En Europe, une fédération (la Fédération Européenne de Jodo) s’est créée autour de Pascal Krieger, élève de Maître Nishioka. Le jodo est, aussi, une discipline de la Fédération Européenne de Kendo (http://www.ekf-eu.com), et, en France, de la FFJDA en tant que discipline rattachée au Comité National de Kendo et disciplines rattachées (http://www.cnkendo-dr.com).


Pour aller plus loin…

Certainement l’arme la plus ancienne de l’homme, et, chose assez peu banale dans les arts martiaux traditionnels japonais ou Budo, le Jodo (voie du bâton) dans sa forme structurée et codifiée est né d’une défaite… En effet au dix-septième siècle, un Samouraï de l’école Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu, très célèbre à cette époque, Muso Gonnosuké Katsuyoshi, fut défait en duel par le génie du sabre japonais, Miyamoto Musashi, auteur, entre autres, du fameux traité sur la tactique : Gorin no Sho ou Écrits sur les Cinq Roues et considéré comme le plus grand sabreur du mouvementé Japon médiéval.

Désirant effacer cette humiliation insupportable pour lui, Muso Gonnosuké Katsuyoshi se retira sur le Mont Honman, dans la région de Kyushu (sud du Japon, près de la ville de Fukuoka). Après de longues recherches et méditations, il créa et codifia le Jojutsu. La tradition veut que lors d’un songe, il eut la révélation de la discipline sous la forme d’un adolescent qui lui aurait dit : « Touche les terminaisons nerveuses (le plexus solaire) avec un bâton rond ».

Le Jodo peut être pratiqué par tous et partout, en salle comme à l’extérieur, par les jeunes et les moins jeunes. Pas de matériel lourd et onéreux : un survêtement ou un Kimono de Judo, une ceinture, ainsi qu’un simple bâton suffisent pour les débuts. Pas de chutes traumatisantes pour les vertèbres, pas de chocs violents, travail tant à droite qu’à gauche, tout en souplesse et en finesse.

C’est un excellent moyen pédagogique de canaliser le trop plein d’énergie et l’agressivité des plus jeunes pour la transformer en combativité positive, tout comme la pratique régulière de la discipline aide à combattre et maîtriser le stress permanent de notre vie trépidante.

La compétition existe aussi en Jodo, mais elle est conçue de façon à permettre des confrontations, sans déformation aucune de la technique et surtout de la discipline. Deux équipes (Jo et Bokken) exécutent en parallèle les mêmes Kata (formes de combat codifiées) et il faut d’abord se surpasser soi-même pour prétendre l’emporter sur l’adversaire.

La technique pure, l’efficacité, tant du Jo (bâton) que du Bokken (sabre de bois), ainsi que la justesse d’exécution et la sincérité étant jugées, ce système de compétition permet à tous, jeunes et moins jeunes, de la pratiquer. Les championnats officiels ne sont plus alors réservés à une élite de moins de trente ans comme dans beaucoup d’autres Budo. D’autant plus que les compétitions se déroulent toujours par catégories de grades, chacun ayant ainsi toutes ses chances dans les rencontres arbitrées, et pouvant s’exprimer pleinement.

Pour conclure sur le Jodo, on retiendra l’absence de tout danger et de contre-indications dans sa pratique, le développement des réflexes, du « coup d’oeil » qu’il apporte, ainsi que la maîtrise de soi et toujours le respect du partenaire-adversaire. C’est ainsi que d’un art guerrier à l’origine, le Jodo est devenu une voie de la paix et de la réalisation harmonieuse de soi-même.

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CÔTÉ TECHNIQUE

Pour pratiquer le Jodo, on utilise un Jo, il s’agit d’un bâton de bois :

  • d’une longueur classique de 4.21 shaku (127.6 cm)
  • et d’un diamètre également classique de 8 Bu (24 mm)

Utilisé notamment en Jodo (ou Jojutsu) et en Aikido.

La plupart des Jo sont fabriqués dans la préfecture de Miyazaki (Kyushu, sud du Japon) de façon artisanale, dans la plus grande tradition, avec des bois récoltés localement. Au Japon, le diamètre est calculé en bu/sun.

  • 1 sun = 10 bu et 1 bu = 3.03 mm (unité de mesure japonaise).
  • On a donc :
    • 8 bu = 24.24 mm
    • 9 bu = 27.27 mm
    • et 1 sun (10 bu) = 30.3 mm.

Pour une pratique « standard », nous vous recommandons les modèles 24 mm.


Comparatif Essences de Bois Japonais

A propos du Akagashi ou chêne rouge :
Le Chêne Rouge du Japon, appelé Akagashi , Akakashi (histoire de transcription en français) ou encore « Quercus acutissima » de son nom latin est un arbre qui pousse dans le sud du Japon (Kyushu, Shikoku). Il nécessite un sol humine et un fort ensoleillement, car au delà de l’espèce de l’arbre, l’environement est un facteur déterminant dans la qualité du bois. Contrairement aux chênes européens, le chêne du Japon flotte dans l’eau, il est modérément dur, et donc plus résilient aux chocs ce qui en fait un bois idéal pour la fabrication de Bokken ou de Jo. Le chêne rouge est en outre un peu plus léger que le blanc. Le nom véritable de l’Akagashi « Standard » est « Ichigashi/ichikashi« . Pour le distinguer du chêne rouge supérieur, on appela ce second « Hon Akagashi » (ou « vrai chêne rouge ». Le Hon Akagashi se fait, depuis quelques décénies, de plus en plus rare. Pour les bokken et Jo, les plus basiques, on utilise donc l’Ichikashi, aux couleurs et propriétés très proches du Hon Akagashi.

A propos du Shirakashi ou chêne blanc :
Le Chêne Blanc du Japon, appelé Shirakashi, Shirogashi, Shirokashi (histoire de transcription en français) ou encore « Quercus acutissima » de son nom latin est un arbre qui pousse dans le sud du Japon (Kyushu, Shikoku). Il nécéssite un sol humine et un fort ensoleillement, car au delà de l’espèce de l’arbre, l’environement est un facteur déterminant dans la qualité du bois. Contrairement aux chênes européens, le chêne du Japon flotte dans l’eau, il est modérément dur, et donc plus résilient aux chocs ce qui en fait un bois idéal pour la fabrication des Jo et des Bokken. Le chêne blanc est légèrement plus lourd que le chêne rouge, légèrement plus dense et donc plus résistant, c’est l’essence de bois par excellence pour la fabrication de Jo destinés aux combats.

A propos de l’Isu no Ki ou « bois de chaise » (distylium racemosum) :
« Isu no ki » signifie littéralement « bois de chaise » et tient son nom du fait qu’il est depuis très longtemps utilisé dans la fabrication de chaises de grande qualité. Ce bois est aussi traditionnellement utilisé dans la fabrication de talismans, car la légende lui accorde le pouvoir de lier les choses et les gens (musubi). Il s’agit d’un bois plus dur, et par conséquent légèrement moins résilient que le chêne, mais plus beau (proche du sunuke) et plus doux, donc plus agréable au touché. L’isu no ki provient du même arbre que le sunuke, mais plus jeune. Très proche du chêne (même « genre »), on l’appelle parfois « chêne brun ». Il s’agit d’un bois légèrement moins dur que le chêne blanc résistant relativement bien aux chocs, plus beau, d’une couleur brune/rosée, plus doux et donc plus agréable au touché.


Le sabre (Bokken) utilisé est également de même bois et de longueurs différentes suivant les modèles :

Version Bokken standard :

  • longueur totale : 101,5 cm
  • longueur lame (Ha) : 75,5 cm
  • longueur de poignée (Tsuka) : 26 cm

Les mains peuvent être protégées par une garde en cuir bouilli ou Tsuba et une contre-garde en matière synthétique ou Tsuba Domé.

Les différentes longueurs des Bokken classiques et stylisés (Koryu)

Modèle Longueur totale Longueur lame Longueur Tsuka
Chuto (enfant) 90.5 cm 68 cm 22.5 cm
Bokken Standard/Supérieur 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Iwama 103 cm 76 cm 27 cm
Bokken Iwama Takemusu 101.5 cm 75 cm 26.5 cm
Bokken Niten Ichi Ryu 101.5 cm 76 cm 25.5 cm
Bokken Yagyu Ryu 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Yagyu Shinkage Ryu 101.5 cm 73.5 cm 28 cm
Bokken Jiki Shinkage (fin) 101.5 cm 77 cm 24.5 cm
Bokken Jiki Shinkage (lourd) 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Kashima Shinto Ryu 106 cm 78 cm 28 cm
Bokken Kashima Shin Ryu 104.5 cm 78 cm 26.5 cm
Bokken Katori Shinto Ryu 97 cm 70 cm 27 cm
Bokken Shinto Ryu 101.5 cm 77.5 cm 24 cm
Bokken Jigen Ryu* 101.5 cm 75.5 cm 26 cm
Bokken Hokushin Itto Ryu 106 cm 76 cm 30 cm
Bokken Itto Ryu 98 cm 73.5 cm 24.5 cm
Bokken Keishi Ryu 101.5 cm 73 cm 28.5 cm

Entraînement

L’entraînement se déroule en commençant par un échauffement spécifique au Jodo, qui consiste en :

  • des chassés,
  • des enroulés,
  • des enchaînements de frappes
  • et de piques (Suburi et /ou Datotsu),

tant au bâton qu’au sabre. Puis commence le véritable travail technique sous forme de Kihon ou techniques de base. Ces Kihon sont au nombre de douze, dont certains se pratiquent à droite comme à gauche.

Il faut d’abord les apprendre, les mémoriser, et enfin les maîtriser :

  • seul (Kihon Tandoku),
  • puis avec un partenaire qui utilise le sabre (Kihon Sotaï Dosa).

Les Kihon permettent de maîtriser la notion de Maaï ou distance (notion extrêmement importante dans les arts de combat) ainsi que le « timing », si particulier du Jodo.

Après ces bases commence l’étude des Kata, qui sont de véritables petits combats codifiés. Ils sont également au nombre de douze, ils ont été codifiés par la Fédération Japonaise de Kendo, ou Zen Nihon Kendo Renmeï (Z.N.K.R.), sur les bases de la fameuse école Shindo Muso Ryu Jojutsu, fondée par Muso Gonnosuké Katsuyoshi, et sont pratiqués dans le monde entier (sous le nom de Sété Jo ou encore Sété Gata). Ces Kata sont de difficulté croissante, et bien évidemment on étudie les deux rôles, bâton puis sabre. Traditionnellement, c’est le plus ancien ou le plus gradé ou encore les professeurs qui utilisent le sabre.

Le Jodo se transmet donc sous forme de Kata (il n’y a jamais de combat libre), cette façon de pratiquer se nomme Kata Geïko et perdure de génération en génération. Mais le mieux encore pour découvrir toutes les richesses techniques et philosophiques du Jodo est de suivre l’enseignement d’un professeur.

On retiendra également que le Jo est une arme véritablement polyvalente, en effet, il ne possède ni lame ni poignée et peut-être utilisé par ses deux côtés, de plus son rayon d’action est variable. Pour les frappes directes, il reprend les techniques du grand sabre ou Tachi, pour les coups de pointe les techniques de la lance ou Yari et pour les chassés celles du fauchard ou Naginata.

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JODO (les Kihons)

  1. Honte Uchi – 本手打
    • Coup avec la main en position de base
  2. Gyakute Uchi – 逆手打
    • Frapper avec la main en position inversée
  3. Hiki Otoshi – 引落打
    • Retirer le Jo et frapper pour faire tomber
  4. Kaeshi Tsuki – 返付
    • Retourner l’arme et porter un coup d’estoc
  5. Gyakute Tsuki – 逆手付
    • Coup d’estoc avec la main en position inversée
  6. Maki Otoshi – 巻落
    • Faire tomber d’un mouvement enveloppant
  7. Kuri Tsuke – 繰付
    • Guider et plaquer l’arme contre le corps
  8. Kuri Hanashi – 繰放
    • Guider et laisser aller
  9. Taï Atari – 体当
    • Percuter le corps de l’adversaire
  10. Tsuki Hazuchi Uchi – 突外打
    • Dévier d’un coup d’estoc et frapper
  11. Do Baraï Uchi – 胴払打
    • Frapper sur une attaque transversale au torse
  12. Taï Hazuchi Uchi – 対外打
    • Eviter avec le corps et frapper

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JODO (les Katas)

  1. Tsuki zué
    • le bâton qui atteint la cible
  2. Sui getsu
  3. Hissagé
  4. Shamen
  5. Sakan
  6. Monomi
  7. Kasumi
    • voir à travers la brume
  8. Tachi Otoshi
    • faire tomber le sabre
  9. Rai Uchi
  10. Seigan
  11. Midare domé
    • arrêter le désordre
  12. Ran Ai
    • s’accorder avec le chaos

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