Ukemi

Ukemi (littéralement « recevoir avec le corps » 受身) est un brise-chute contrôlé, vers l’avant (mae ukemi), l’arrière (ushiro ukemi) ou le côté (yoko ukemi), qui sert à tomber sans se faire mal. Ces techniques sont utilisées par tous les arts martiaux japonais, principalement par l’aïkido et le judo. Elles permettent de prendre confiance en son équilibre et en sa propre capacité à contenir le déplacement (shintaï) de son corps.

En effet, il est composé du verbe ukeru, recevoir, et de mi, le corps. Il s’agit ici de recevoir la technique de tori avec l’ensemble du corps.

Ukemi Waza est l’ensemble des techniques de chute qui permettent au pratiquant de chuter sans se blesser lors de la perte d’équilibre ou d’échapper aux techniques et prises.

La maîtrise de Ukemi Waza est indispensable dans la pratique de l’aïkido. En effet, pendant l’entrainement, uke (celui qui attaque et subit les techniques) doit savoir chuter correctement pour ne pas se faire mal quand tori (celui qui réalise les techniques) applique les techniques de projection (nage waza). Si uke ne connait pas bien Ukemi, cela empêchera tori d’exécuter comme il faut une technique. C’est pourquoi Ukemi Waza est une des premières choses qu’un débutant doit apprendre. Ukemi est aussi très utile à votre vie quotidienne lors des chutes accidentelles.

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Il y a plusieurs sortes de Ukemi :

  • avant (mae ukemi),
  • arrière (ushiro ukemi),
  • de côté (yoko ukemi),
  • sur le dos,
  • à plat ventre…

Tout ceci afin de répondre à différentes situations auxquelles uke doit faire face.

Mae Ukemi : c’est une chute avant en se roulant sur soi-même. En aïkido, cette chute doit être souple, arrondie et silencieuse, puis à la fin, l’aikidoka doit pouvoir se relever et se mettre en garde (kamae) face à tori.

Pour réussir un mae ukemi, les doigts de la main posés au sol doivent se tourner vers l’intérieur pour que le bras soit en forme d’arc bien arrondi, rentrez bien la tête en regardant la hanche opposée pour éviter que la tête touche le tatami et quand vous vous roulez en avant, la trajectoire part de la main, passe sur le bras en forme d’arc (qui ne doit pas être plié au niveau du coude), l’épaule (qui ne doit pas être heurtée), le dos bien arrondi en diagonale de l’épaule à la fesse opposée, se poursuit sur la jambe opposée jusqu’au pied. Tous les points des parties formant cette trajectoire doivent être en contact avec le sol tout au long du parcours, ce qui arrondit la chute et atténue considérablement le choc du corps contre le sol.

L’entrainement de mae ukemi peut être fait en plusieurs façons : courte (sur place), normale et longue.

Ushiro Ukemi : c’est comme mae ukemi mais dans le sens inverse en arrière (chute arrière).

Yoko Ukemi : c’est toujours comme mae ukemi mais au lieu de mettre le bras devant, vous le mettez à côté (chute latérale).

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Les chutes, quand elles sont bien faites, permettent de se protéger des effets néfastes d’une technique et d’ainsi augmenter considérablement l’intensité de l’entrainement. Sans elles, pas d’Aikido, elles sont nécessaires à la relation des partenaires que sont Tori et Uke.

Les 10 règles d’un bon Ukemi

  1. Combattre la peur de chuter.
    1. La crainte par rapport à la chute est peut-être l’élément le plus déterminant du bon déroulement de votre réception.
    2. Que le pratiquant soit débutant ou avancé, c’est généralement en refusant la chute que les blessures arrivent. Il est donc important à tout niveau de régulièrement faire l’état de ses capacités pour chuter avec confiance, au niveau de difficulté adéquat.
    3. La peur de chuter, si elle n’est pas combattue, risque d’amener le pratiquant vers un cercle vicieux où les tensions et blocages finiront par limiter l’intensité avec laquelle il est libre d’attaquer tori.
  2. Protéger sa tête en priorité.
    1. S’il est un seul objectif important dans votre chute, c’est celui-ci : Ne pas tomber sur la tête !
    2. Même dans un art martial où il n’est pas courant de frapper au visage.
    3. Les dégâts peuvent aussi s’additionner aux cours d’une vie, des traumatismes ponctuels et sans gravité apparente peuvent devenir de sérieux problèmes à long terme. De plus, les saignements au cerveau peuvent passer inaperçus, il est donc d’autant plus important de s’en protéger.
    4. Pour éviter ces problèmes, il est fortement conseillé aux débutants d’amener leur menton à leur corps et de le conserver à cette place, à l’aide d’un minimum de tension, jusqu’à la fin de la chute. Dans le reste des cas, la tête doit rester mobile pour éviter les obstacles éventuels qu’il s’agisse du sol ou de tori lui-même.
  3. Faire attention à sa position.
    1. Lors d’une chute avant (mae ukemi) ou arrière (ushiro ukemi), le premier contact du corps avec le sol devrait se faire avec les mains ou les pieds suivant le type de chute ou avec le haut du dos, loin de la colonne vertébrale, dans le cas où les mains ne soient pas disponibles. En aucun cas, vous ne devez atterrir au milieu du dos ou pire au niveau du coccyx, où la colonne est la plus fragile.
    2. De plus, lorsque l’on chute sur le côté (yoko ukemi), il faut éviter de tomber sur les côtes pour ne pas risquer de blessure inutile.
    3. Par ailleurs, il faut éviter de croiser les jambes ou de frapper le sol avec les chevilles ou les orteils. Il est donc conseillé de diriger la plante du pied vers le sol dans la chute, sans pour autant en faire le premier point de contact. Tomber directement sur vos pieds risquerait d’endommager vos chevilles.
    4. De surcroît, il faut éviter de changer de côté au milieu de la chute pour ne pas risquer d’atterrir au milieu du dos.
  4. Frapper le sol tel un fouet.
    1. Une fois au sommet de votre chute, votre énergie potentielle est fixée, le seul moyen de s’en débarrasser est de la transférer au sol. En utilisant votre main puis votre bras pour frapper le sol, vous réduisez d’autant l’impact de votre corps sur celui-ci.
    2. De cette manière, votre bras arrive en premier au sol avec le corps dans sa continuité. Il est capital que votre main soit alors dans l’axe général de l’avant-bras avec le bras plié pour éviter les blocages. Cela est d’autant plus important pour protéger vos articulations au cas où vous planteriez votre main au sol dans la chute.
    3. Avec une bonne exécution, utiliser sa main pour frapper le sol dans la chute pourrait réduire jusqu’à 50% de l’impact sur le corps.
    4. Cela ne signifie pas qu’il soit nécessaire de frapper de manière à faire du bruit. Rendre sa chute silencieuse est un objectif louable à terme, une chute plus souple convient d’ailleurs mieux aux surfaces plus rigoureuses que les tatamis. Cependant, les débutants ne devraient pas sacrifier l’impact du bras en cherchant à rendre leurs chutes artificiellement souples.
  5. Expirer durant la chute.
    1. Afin que vos poumons ne soient plus sous pression et puissent facilement absorber le choc, il faut les vider pendant la chute. De plus, il peut être difficile d’expirer l’air restant après un impact lourd.
    2. Coordonner correctement votre respiration vous permettra aussi de mieux gérer la tension de votre corps et de conserver un rythme pour être endurant face à des chutes répétées.
  6. Muscles relâchés, corps en tension.
    1. S’il convient d’être toujours relâché, conserver un minimum de tension à l’intérieur du corps, sans pour autant tendre les muscles et membres extérieurs, va permettre à votre corps d’être plus élastique et va empêcher vos organes internes de se déplacer.
    2. De plus, il faut conserver assez de tension pour rester en position arrondie tout au long de la chute et ne pas s’écraser au sol.
    3. O’Sensei disait : « Vous pouvez relaxer votre corps, mais votre ki doit rester ferme ».
  7. Ne pas s’accrocher à Tori.
    1. À la fois pour se concentrer sur sa chute et ne pas gêner tori, il faut essayer de lâcher ce dernier assez tôt. Idéalement, tori doit, seul, assurer le contrôle d’uke pour ne pas aller trop loin dans la clé et ne pas risquer de tomber sur uke.
    2. Toutefois, dans le cas de chute plus contraignante comme koshi nage, il est conseillé d’enrouler son bras autour du corps de tori pour avoir un minimum d’accroche, sans perturber tori et sans risquer d’atterrir sur son propre bras.
  8. Suivre le mouvement de Tori.
    1. S’il ne faut ni s’accrocher, ni ne rendre la tache de tori trop facile, il faut néanmoins suivre un minimum ses déplacements. En règle générale, se rapprocher de la clé permet d’alléger les effets de la technique et facilite la chute. Il faut également faire attention à ne pas laisser tori écarter de trop vos membres de votre corps, il est idéal que la clé de tori reste sur votre centre en cas de projection.
  9. Communiquer si nécessaire.
    1. Qu’il s’agisse d’informer tori de vos problèmes avant la technique ou de lui faire part de votre douleur pendant la chute, la communication est primordiale. Connaître à l’avance les intentions et capacités de chacun permettra d’éviter une grande partie des dangers de la pratique.
  10. Ne pas chuter sans raison.
    1. Cela ne sert à rien de chuter si tori ne vous projette pas de lui-même. Si la projection n’est pas correcte, une chute peut même être dangereuse, et ne rendrait pas service à tori. En règle générale, la chute ne doit servir que d’échappatoire à la douleur.

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Descendre au sol

Lorsque vous subissez une technique, votre première préoccupation doit être de réduire la pression de tori. Si une chute est parfois nécessaire pour défaire la clé qu’il vous inflige, il faudra plus souvent porter votre attention sur la manière d’arriver au sol.

Le premier principe dans ce domaine est de suivre la descente de tori, cependant ce dernier ne peut vous accompagner jusqu’au sol, il faudra donc finir votre chemin sans lui. Ce chemin vous amènera souvent vers le centre de tori ce qui vous forcera à plier la jambe de son côté de manière à vous rapprocher de lui.

Ensuite, il faudra rester composé au sol. Vous étendre largement vous expose au piétinement par d’autres pratiquants. Il convient aussi de tourner le visage vers l’extérieur afin de regarder aux alentours ou pour éviter un éventuel coup de genou !

Voici quelques exemples concrets :

Immobilisations (katame waza) :

  • Ikkyo : Descendre le genou coté partenaire au sol en premier permet d’allonger la jambe pour descendre vers l’avant en omote et de pivoter sur le genou en ura. Sur une chute en feuille, il faut aussi se tourner vers l’intérieur en descendant plus rapidement du côté du partenaire. Le visage doit être tourné vers l’extérieur pour éviter un coup de genou dès que tori rentre avec sa jambe pour vous amener au sol.
  • Nikyo : Descendre le genou côté partenaire en premier permet de répartir la descente sur un plus grand mouvement et donc mieux répartir la pression de la clé. De plus, il est alors possible de suivre tori en effectuant un pas de shikko vers lui avec la deuxième jambe. Ce qui pourrait mener à une contre-technique (kaeshi-waza).
  • Sankyo : Sur nikyo et sankyo c’est l’épaule côté partenaire qui va arriver au sol en premier, ce qui est beaucoup moins douloureux lorsque la jambe de ce côté est déjà descendue et hors du chemin !

Projections (nage waza) :

  • Shiho nage : Descendre la jambe du côté de tori permet de passer par-dessus en chutant et se rapprocher de tori.
  • Kokyu ho : Reculer la jambe du côté du partenaire permet de ne pas sacrifier votre appui de pivot.
  • Kote gaeshi : Reculer la jambe, côté partenaire, amène votre main sur votre centre et permet éventuellement de passer en chute avant ou de côté.
  • Kaiten nage, Juji nage, Ude kime nage, … : Reculer la jambe du côté de tori permet de se rapprocher du sol sans sacrifier son pied de pivot et vous place directement dans la position correcte de chute. De plus, cela évite à uke de rentrer dans son propre genou, s’il est contraint à tourner trop rapidement.

Chute en feuille

La chute en feuille n’est pas souvent la première chute étudiée en aikido. Cependant, c’est la chute que vous utiliserez le plus en dehors du dojo. C’est également la première chute pratiquée puisqu’elle correspond à ikkyo. Son utilité est de protéger votre tête en répartissant la force vers l’avant. Cette « chute » n’est d’ailleurs pas uniquement utilisée en arts martiaux ! Elle est par exemple utilisée au volley-ball pour récupérer une balle au ras du sol.

Progression :

  • La première étape pour s’entrainer aux chutes en feuille est parfois la plus compliquée : Il faut enlever la peur du sol. L’exercice est le suivant, montez vos mains au niveau de votre visage (kokyu ho), tournez la tête sur le côté et laissez-vous tomber vers l’avant. Le but est d’amortir votre chute avec vos avants-bras sans plier les genoux ! (Ce qui, sur un tapis adapté, ne devrait pas trop vous faire mal).
  • La deuxième étape est la chute classique. L’attention doit être portée sur le mouvement du corps. Les jambes doivent se soulever pour faciliter l’équilibre et le corps doit glisser vers l’avant pendant la descente. Pour continuer à vous améliorer, il suffit de sauter avant la chute.
  • Pour poursuivre l’entrainement seul, il est possible de faire la chute en feuille après un demi-tour ou par-dessus un obstacle. Attention, il est courant pour cet exercice d’avoir tendance à laisser une main au milieu du corps, vous risquez alors d’atterrir sur celle-ci et d’endommager vos doigts. Faites donc attention à la position de vos mains dans la chute.
  • Finalement, la chute sera réalisée sur ikkyo omote et ura. Tori pourra alors aider uke en le guidant à la bonne place avec le bon timing. Il est plus facile de commencer avec un partenaire avancé.


Chute avant (mae ukemi)

Classiques :

La chute avant classique est généralement la plus pratiquée. Pour s’y entraîner, il est conseillé de débuter à genoux. L’élément le plus important est de bien la distinguer d’une roulade de gymnastique. Les vidéos tutoriels sur le sujet ne manquent pas et fonctionneront mieux qu’un texte pour vous l’expliquer. Il est nécessaire pour ces chutes d’avoir le dos rond (à l’inverse du reste de la pratique), de rentrer la tête et de passer en diagonale sur le dos. Ces chutes correspondent notamment à kaiten nage, ude kime nage et divers kokyu nage.

Sans les mains :

Si cela est impossible pour les chutes en feuille il est néanmoins vital en aikido d’apprendre à chuter sans les mains. En effet, les techniques utilisent souvent une clé de poignet ! Pour vous entraîner à ce type de chute, il faut chuter d’abord avec une main sur le centre, puis les deux. Attention, cependant à les garder devant vous, sans quoi vous risqueriez de les écraser.

Avec obstacle :

Pour continuer à vous améliorer et préparer la chute de koshi, il convient de s’entrainer avec des obstacles. Ceux-ci peuvent être immatériels, par exemple un pivot ou un saut avant la chute, ou prendre la forme plus concrète d’un ou plusieurs partenaires dans la trajectoire de la chute.


Chute arrière (ushiro ukemi)

Incomplètes :

La plupart des chutes réalisées sur les projections de bases sont incomplètes. La chute prend alors la forme d’une demi roulade qui s’arrête avant la tête. À bas niveau, elle remplit parfaitement sa fonction. Cependant, elle devient insuffisante au fur et à mesure que la hauteur de projection et le niveau augmente.

Complètes :

La chute arrière complète est apprise de la même manière que la chute avant. Elle n’est, par contre, pas souvent utilisée puisqu’elle dépend du bon vouloir de tori de vous libérer de la technique. Sinon, la chute est évidemment impossible. Voici quelques exemples ou une chute complète vers l’arrière sera souvent réalisée :

  • Kokyo ho.
  • Irimi nage (si tori lache).
  • Tenchi nage (si tori retire le bras).
  • Shiho nage (si tori lache).
  • Kokyu nage (sumi otoshi).

Relevées :

Il est possible d’utiliser ses bras pour se relever d’un coup au milieu d’une chute arrière, permettant de repasser à l’attaque. Cette chute demande un peu de pratique pour être possible, ainsi qu’une certaine préparation physique, notamment au niveau des épaules. Elle se déroule de la manière suivante :

  • Au début de la chute, gardez le plus d’élan possible et placez vos mains sur le côté de votre tête.
  • Dès que vos épaules arrivent en contact avec le sol, contractez progressivement votre corps telle une planche au fur et à mesure qu’il arrive au-dessus de vos épaules.
  • Poussez d’un coup avec les bras et pliez ensuite le corps vers l’arrière pour ramener vos pieds au sol.

À ce niveau, il est intéressant d’apprendre à faire sa chute arrière armé d’un bokken ou d’un jo, et se relever en l’utilisant pour frapper et revenir en garde.

Avec obstacle :

La dernière étape est de pouvoir réaliser ses chutes malgré un obstacle. L’entrainement pour cela est simple : placez un partenaire derrière le pratiquant, en position à genou sur les mains, avant qu’il ne chute.

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Chute de côté (yoko ukemi)

Entre-deux :

La chute de côté est la chute entre l’avant et l’arrière. Si, de base, les déséquilibres utilisés correspondent aux chutes classiques, il est courant, à haut niveau, que la technique projette dans un autre angle. Il faut alors chuter par-dessus une de vos jambes, sur le côté. Pour apprendre cette chute, les débutants peuvent commencer par un yoko ukemi incomplet, où la tête n’arrive pas au niveau du sol. Pour aller plus loin dans l’entrainement, la technique privilégiée sera kote gaeshi (réalisée sans insister sur la clé de poignet).

Une chute presque parfaite :

Plus tard, cette chute vous sera utile sur la plupart des techniques. En effet, puisqu’elle est la même que vous chutiez du côté droit ou du côté gauche, vous l’effectuerez deux fois plus souvent que les chutes avant et arrière ! Cette chute vous permettra, à haut niveau de garder la clé de tori sur votre centre et peut-être vous en défaire !

Exemples de chutes possibles de côtés :

  • Kote gaeshi
  • Irimi nage
  • Kokyu nage
  • Koshi nage
  • Juji nage
  • etc…


Immobilisation, suite à l’Ukemi

Position d’immobilisation

Chute en feuille ou non, votre position finale lors d’une immobilisation doit comporter les éléments suivants :

Détails :

  1. Le visage est tourné vers l’extérieur.
  2. Le bras est près du visage pour le protéger et pour que la main soit visible.
  3. La jambe côté partenaire est tendue.
  4. La jambe extérieure est pliée.


Position suite à la projection

Peu importe le type de chute, votre position au sol après une projection doit comporter les éléments suivants :

Détails :

  1. La tête est éloignée du sol, uke reste vigilant à son environnement pour anticiper le danger.
  2. La main côté partenaire reste entre uke et tori pour prévenir une deuxième chute. Elle peut aussi continuer à saisir selon la technique.
  3. La main frappe le sol tel un fouet, le bras est légèrement plié.
  4. Le corps est arrondi, uke atterrit sur ses dorsaux et non ses côtes, uke a expiré et ses abdominaux sont contractés.
  5. La jambe extérieure est presque tendue, le genou est tourné vers l’extérieur.
  6. Les orteils pointent vers le haut et vers l’extérieur, les muscles postérieurs sont contractés pour empêcher les talons de percuter le sol.
  7. La jambe côté partenaire est légèrement pliée, elle est décalée par rapport à l’autre pour éviter un choc à l’entrejambe.

Conclusion

L’objectif est de montrer que le concept d’ukemi, souvent relégué aux simples chutes, est en fait un sujet bien plus profond et complexe. Tout comme on est amenés à saisir dans une grande partie de la pratique, nous sommes dans le rôle d’uke durant 50% de nos techniques !

Il est primordial de ne pas sacrifier cette moitié de la pratique sous le prétexte que c’est à tori de travailler. Être uke n’est pas faire don de son corps, ce n’est pas un cadeau que vous faites à tori. Au contraire, ukeru signifie recevoir, encore faut-il savoir quoi et comment.

Dans tous les cas, seul l’entrainement sur les tatamis pourra vous faire progresser. Attention cependant à pratiquer de manière responsable et sans sous-estimer les dangers d’un travail trop rapide, brusque ou approximatif.


Mae Gaeshi :

  • Zenpo Kaiten Ryote
    • Chute avant roulée – 2 mains au sol inversées
  • Zenpo Kaiten Katate
    • Chute avant roulée avec une main
  • Zenpo Kaiten Mute
    • Chute avant roulée sans les mains
  • Zenpo Hicho Kaiten
  • Shizen no Zenpo Kaiten
  • Shoten
  • Zenpo Nagare
  • Zenpo Ukemi (Ryote, Katate)
  • Hicho Zenpo Ukemi
  • Zenpo Tenkai
  • Kiten Katate, Ryote
  • Kuten

Ushiro Gaeshi :

  • Koho Kaiten Ryote
    • Chute arrière roulée avec 2 mains
  • Koho Kaiten Katate
    • Chute arrière roulée avec une main
  • Koho Kaiten Mute
    • Chute arrière roulée sans les mains
  • Koho Kaiten Henka
  • Ushiro Nagare
    • Chute arrière en envoyant le pied en direction de l’épaule opposée
  • Tachi Nagare
  • Gyaku Nagare
  • Hicho Gyaku Nagare
  • Ushiro Ukemi
  • Koho Tenkai
  • Koho Kuten

Yoko Gaeshi :

  • Soku Ho (Yoko) Kaiten Ryote
    • Chute latérale roulée avec 2 mains
  • Soku Ho (Yoko) Kaiten Katate
    • Chute latérale roulée avec une main
  • Soku Ho (Yoko) Kaiten Mute
    • Chute latérale roulée sans les mains
  • Yoko Nagare
  • Yoko Nagare Naname
  • Jun Nagare
  • Oten Ryote, Katate, Mute
  • Yoko Ukemi

Tobi :

  • Tobi Ori (Zenpo, Koho, Sokuho)
  • Tobi Komi
  • Tobi Keri (Mae, Koho, Yoko)
  • Hiza Tobi Keri (Mae, Yoko)
  • Shinken Tobi

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Ukemi, par Toshiro Suga Shihan

Issu du blog « Budo no Nayami » par Léo Tamaki

Une différence de conception

Ukemi est un terme japonais composé de deux mots, uke de ukeru, recevoir, et mi, le corps. En Aïkido l’ukemi désigne la chute de celui qui reçoit la technique. Malheureusement je crois que la chute est mal comprise et considérée par la plupart des pratiquants occidentaux. Je vais tenter ici de clarifier ce concept et montrer son importance dans la pratique martiale.

En occident la chute est généralement considérée par les pratiquants comme un signe de défaite. Elle est subie comme un mal nécessaire et l’apprentissage consiste simplement à pouvoir recevoir la technique sans être blessé. C’est évidement une étape indispensable. Mais si le travail s’arrête là on aura abordé l’ukemi d’une façon totalement superficielle.

Tentative d’analyse historique

Historiquement on peut supposer que des personnes ayant subi ou vu des projections lors de luttes ou batailles ont cherché un moyen de limiter l’impact de telles techniques. Il est aussi probable que l’observation de la nature et particulièrement des animaux a été une source d’inspiration dans le processus de création des techniques de chutes.

En Occident le rapport à la chute, et donc à la pratique elle-même, est différent. Bien sûr les techniques de lutte au corps à corps se sont développées en Occident comme en Asie. Mais à ma connaissance les techniques de lutte occidentale n’ont pas développé de dégagement par la chute. Je crois que cela est dû au fait que dans cette discipline les deux combattants luttent pour la victoire dans une épreuve de type sportif. Dans ce contexte il est évidemment inutile de s’entraîner à perdre.

Bien sûr les combattants japonais cherchaient aussi la victoire. La différence est que les lutteurs occidentaux se rencontraient dans des matchs sportifs tandis que les samouraïs pratiquaient la lutte afin de pouvoir survivre sur le champ de bataille. Il leur était d’ailleurs formellement interdit de participer à des compétitions de type Sumo qui étaient réservées aux paysans et lutteurs professionnels. Dans le contexte de la guerre le seul objectif est la survie. Dans ces conditions la retraite ou la fuite font partie des tactiques évidentes et c’est donc naturellement qu’elles se sont traduites en techniques concrètes. Le travail de l’ukemi permet ainsi de s’échapper d’une technique, de la contrer, ou d’en annuler ou atténuer les effets.

Ushiro et mae ukemi, analyse technique

Dans une projection où l’on tombe vers l’arrière, le principal danger se situe au niveau de la tête. Un choc à cet endroit pouvant provoquer une perte de conscience synonyme de défaite et probablement de mort, la chute arrière, ushiro ukemi, sert principalement à protéger cette partie.

La chute avant, mae ukemi, offre plus de possibilités de fuite ou dégagement que la chute arrière. Techniquement il s’agit de l’opposé exact d’ushiro ukemi. Une des principales erreurs tient à l’angle du corps. Alors que dans la chute arrière la position de la tête crée naturellement l’angle juste, la chute avant est souvent effectuée comme une roulade de type gymnique grâce à l’impulsion de départ. C’est une erreur fondamentale pour plusieurs raisons.

Tout d’abord il faut comprendre le contexte. La chute se produit dans une situation de combat. Le combat se faisant normalement armé il est tout à fait possible que vous ayez encore votre arme ou celle de l’adversaire que vous avez réussi à désarmer à la main. Il est alors souhaitable de la garder malgré la chute. Garder l’équilibre du corps grâce à une seule main nécessite donc de chuter en diagonale.

Par ailleurs la chute en diagonale permet aussi de limiter le contact de la colonne vertébrale avec le sol, la préservant de chocs répétés qui ont une influence néfaste pour la santé.
Enfin, la chute en diagonale crée une spirale qui nous permet d’accélérer notre vitesse pendant la chute, chose beaucoup plus difficile lorsqu’on rentre en ligne droite en faisant un cercle.

De l’importance de la chute dans l’apprentissage

L’apprentissage des arts martiaux japonais se fait par le corps, la sensation. Les explications théoriques sont rares et d’importance limitée. Le contact avec le maître revêt alors une importance primordiale. Généralement les maîtres ayant beaucoup d’élèves, les rares moments où il vous corrige sont donc des instants privilégiés indispensables à votre progression. On comprend alors grâce à la sensation éprouvée dans le corps la source d’efficacité de la technique.

Au départ l’apprentissage de la forme de l’ukemi vous évite les blessures graves. Cependant les chutes restent difficiles et provoquent toujours des chocs. Le maître vous corrige occasionnellement. Petit à petit vous apprenez à chuter dans le temps. Les chocs sont mieux absorbés et le maître peut commencer à vous choisir pour démontrer une technique. Les années passent et vous apprenez à vous harmoniser à votre partenaire. Vous parvenez à diffuser sa force et cela lui permet de travailler avec plus d’intensité. A présent le maître vous désigne régulièrement pour ses démonstrations et vous multipliez les occasions de recevoir un enseignement direct.

Enfin vous dépassez le niveau de l’harmonisation. Vous devenez capable de lire la technique du maître instantanément sans processus conscient. Vous pouvez alors attaquer avec un engagement total. Le maître peut déployer sa puissance et sa vitesse maximale, il démontre la technique dans sa forme la plus pure. Vous êtes l’un des meilleurs élèves et un des partenaires privilégiés.

L’apprentissage de l’ukemi est autant spirituel que physique. Vous apprenez à vous oublier en même temps que vous assouplissez vos os, vos muscles et vos tendons. Finalement vous dépassez la peur et n’anticipez pas dans la crainte. Votre corps réagit instinctivement et trouve spontanément le geste juste. Vous avez acquis la capacité de lire la technique de votre adversaire et de vous y harmoniser, vous permettant dès lors de la rendre inefficace et surtout de la contrer ou l’anticiper vous garantissant ainsi la victoire. Vous êtes dès lors un des représentants désignés pour relever les défis lancés contre l’école.

Méthodes de travail

Bien entendu les ukemi se développent par la pratique avec un partenaire. Mais un élément fondamental de leur étude reste la pratique solitaire de séries de chutes enchaînées. En utilisant les lignes séparant les tatamis vous pouvez petit à petit corriger votre angle, en essayant de chuter par-dessus le plus grand nombre de tatamis ou sur un seul voire un demi vous apprenez à contrôler la distance. Par la répétition vous travaillez le relâchement et le contrôle de votre centre de gravité. Au final ce travail vous permet de chuter à n’importe quelle vitesse dans n’importe quelle direction et sur n’importe quelle distance. Au plus haut niveau vous aurez appris à contrôler le poids de votre corps, développant la capacité à vous rendre aussi souple ou léger que vous le désirez.

L’apprentissage des ukemi est un élément fondamental de l’apprentissage des Budo. Cette étude si bénéfique est pourtant souvent survolée en occident car elle est sans doute trop liée à l’idée de défaite alors qu’elle recèle en réalité la source de la victoire.

Au plus haut niveau de pratique la distinction entre tori et uke n’existe plus, il n’y a ni vainqueur ni vaincu. La technique seule reste dans sa pureté la plus profonde. Il n’y a plus deux personnes faisant de l’Aïkido. L’Aïkido s’exprime sans limites.


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UKEMI par Philippe Gouttard Shihan

Ce geste qui en français pourrait être traduit aussi par roulade. Et ce geste pour un adulte n’est pas facile. Il lui faut aller au sol alors qu’il a passé sa vie à se redresser et à évoluer dans une position verticale. Pour un enfant, tomber fait partie de son apprentissage, il ne se sent pas coupable lorsqu’il tombe. Au début de sa vie, il tombe plus qu’il ne se tient debout. Puis, il grandit et prend de la hauteur et de l’habileté, il ne tombe plus autant mais la douleur au moment de la chute augmente avec l’âge et l’activité.

La conscience de la douleur lui montre qu’il ne faut plus tomber, que cela fait mal et qu’il pourrait après une chute ne plus être libre de ses mouvements. La roulade, la chute, ukemi, ces trois mots traduisent un seul geste à savoir rouler sur le sol en avant ou en arrière selon les directions que va donner tori à uke au cours de la pratique.

Pour commencer, il nous faut donner une explication mécanique entre chute et projection. Pour nous, la chute est un phénomène qui nous arrive quand nous sommes seuls : nous avons chuté à cause d’une erreur de jugement ou d’une faiblesse technique lors d’une activité telle que le ski, le  skate board ou le patinage. Et quand nous utilisons le mot chute l’adverbe qui suit ce mot est : sur.

Nous chutons sur quelque chose ou dans le vide. Il y a donc une notion de gravité et de verticalité. Par contre, la projection demande une direction qui n’est plus aussi verticale et qui demande aussi l’action d’un tiers qui peut être soit une personne soit un phénomène naturel. Et nous sommes projetés contre. En aïkido, nous subissons des projections quand nous sommes uke et cela implique une notion de translation dans l’espace. Notre corps ne tombe pas à la verticale mais avec une direction plus ou moins oblique.

Dans notre pratique nous subissons une projection que nous contrôlons par une roulade soit en avant soit en arrière.  Il y a donc un vocabulaire clair à utiliser quand nous enseignons à un débutant cette technique qui est de lancer son corps dans le vide, vers le sol et de se relever après avoir roulé sur le sol.

Au début le pratiquant est seul avec la peur de se faire mal. Il n’ose pas se lancer. Il nous faut donc trouver un moyen qui le rassure et lui permette d’effectuer ce geste en toute sécurité. La première chose à dire au débutant est de lui expliquer que nous allons lui apprendre à se relever, et non pas à tomber, car il est déjà tombé avant de monter sur un tapis. S’il s’est bien relevé, il pourra dire qu’il a bien roulé. Il faut, pour nous, commencer par la roulade en arrière, car ce sont les yeux qui bloquent le mouvement dans la chute en avant.

Le corps du débutant naturellement n’accepte pas de se lancer dans une roulade la tête en avant. Bien apprendre à l’élève de rouler sur le dos en relâchant les jambes et apprendre à se relever sans utiliser les mains. Puis pour la chute en avant apprendre à l’élève de bien fléchir sur les genoux de façon à poser la paume des mains au sol à côté du pied avant.

Pour nous une roulade nécessite d’avoir toujours un contact avec le sol ou le partenaire, s’il y a perte de contact, ce n’est plus une roulade mais un plongeon ou un lancer que le pratiquant contrôle par une roulade soit en avant soit en arrière. Pour faciliter cette roulade en avant, on peut, au moment de la déclencher, demander au pratiquant de regarder en arrière de façon à arrondir encore plus le corps et enlever ce petit blocage que les yeux peuvent provoquer en analysant le pseudo danger. Ces roulades en avant et en arrière font partie intégrante de la pratique de même que savoir bien attaquer et bien projeter. Pour que le corps ne refuse pas cet exercice, il est nécessaire que tori respecte les directions physiologiques et anatomiques des articulations de uke, sans cela, le geste ne se faisant pas naturellement le corps de uke se positionnera dans des situations qui le mettrons dans l’impossibilité de bouger normalement.

Pour nous, la roulade provoquée par une projection devrait être le rêve de l’aïkido pour uke et non pas un cauchemar quand, avant d’attaquer, il se demande comment il va pouvoir éviter la douleur au moment de la projection et de la réception de son corps sur le tatami. Ukemi est un exercice très difficile, si au départ les bases ne sont pas clairement expliquées : bien fléchir sur les jambes, regarder avec les hanches dans la direction où l’on va, bien poser les paumes de mains au sol et non pas le dos de la main, avec la jambe arrière fléchie bien poussée sur l’avant pour, en allant le plus vite possible et rester le moins longtemps vulnérable, il sera difficile au pratiquant d’apprécier la pratique et de progresser.

Il faut du temps et du courage pour apprécier ukemi, mais si l’on maitrise bien cette exercice alors l’aïkido pourra devenir un plaisir immense dans le cas contraire la pratique n’en sera que plus pénible, aussi bien pour uke qui refusera et pour tori qui ne pourra pas s’exprimer naturellement. Pour prendre plaisir à recevoir une projection uke doit avoir confiance en tori.

C’est pourquoi au départ, il nous semble important que ce soit le professeur qui lui-même assure les fondations de la pratique du débutant en lui faisant ressentir par ses gestes, ce que ses mots ont tenté de lui expliquer. Il est bien évident, qu’une technique de projection ou d’immobilisation subite par un pratiquant ne sera pas ressentie de la même façon si uke est un novice ou un pratiquant chevronné.

Et tori, ne projettera pas de la même façon si uke est novice ou haut gardé. Ukemi est le résultat d’une projection. La difficulté est d’effectuer cette roulade par rapport à la projection et non pas d’anticiper ou de freiner cette roulade. Pour éviter ce manque d’harmonie, il est impératif que tori respecte la physiologie des articulations d’uke et respecte son niveau. Nous nous répétons, mais cela nous semble extrêmement important à intégrer. Aussi, il ne faut jamais dire à un débutant : « fais une chute avant », car il ne sait pas si ce terme veut dire avant dans le temps ou avant dans l’espace.

Ukemi est avec les taï sabaki (déplacements en aïkido) la caractéristique fondamentale de notre art. Et pour nous, il est indispensable de les maitriser parfaitement par une recherche permanente aussi bien dans la technique que dans l’esthétique. Sans ukemi, il n’y a pas d’aïkido, sans déplacement, il n’y a pas d’aïkido, pas de liberté. Un bon aïkidoka est celui qui avec une technique parfaite dans les ukemi et dans les déplacements accepte tout de tous ses partenaires mêmes les inconnus avec une technique qu’il ignore.


Informations issues de différentes recherches dont :

  • « Budo no Nayami » par Léo Tamaki
  • UKEMI par Philippe Gouttard Shihan
  • Ukemi, recevoir avec le corps par Samuel Valkenborgh